Skip to main content

Full text of "Prosopopee de L'Assemblee de Lovdvn : aux pieds du Roy"

See other formats


/-f- IÙOA) 









PROSOPOPEE 

DE L'ASSEMBLEE DE 

LOVDVN. 



v4«x pieds ait Roy, 



. Yj C/, X X. 



L 



PROSOPOP EE 

DE L'ASSEMBLEE DE 

LOVDVN. 



*rfux pieds an Roy. 



IRE, 



Vos tres-humblts , fi délies & tres-obeïfîîins fuje&s & fer- 
tuteurs, qui font profcfîion de la Liberté Chreftienne en 
vos Royaumes éc Souuerainetez , recognoiiïànts que 
Dieu vous a departy de ion image, pour leur eftre Roy, 
Seigneur &: Père, portent à vos pieds les tres-humbles 
vœux de leur fidèle ieruice,& fupplient tres-humblement 
vofh e Majeflé fe vouloir fouuenir , que comme Dieu ap- 
pelle Iuftice l'effet defes promettes , qu'ainfi veritablemét 
peuuent-ils appeller Iuftice Feffet desvoftres, puis qu'il 
vous a pieu les affermir par vos Edicts , publier pour le 
bien de paix Se repos de vos fujets. C'eft cefte Iufticc,quc 
preflez du fentiment de leurs maux , ils ofent maintenant 
vous demander, & comme à leur Père commun, vous 
dire auec tout le rcfpectqui leureftpoflible. Que leurs 
pères, ayant arroufe de leur fang les lauriers de Henry le 
Grand, de tres-glorieufe mémoire, ils ne pcuuét que fouf- 
pirer, de ce qu'il leur faut encore auiourd'huy arroufer de 
leurs larmes ceux de Louys le lufte, gemiffans en l'attente 
des fruicts qu'ils deuoient recueillir de la part fi glorieufe- 
mentacquife par fes incomparables vertus, fi heure uie- 



3 : r 

metit eonferuee par les voftres.Four la cimenter dans ion 
E(Ut,ilaccra ces Eedits , &lcur donna la trempe, don t la 
vigueur conferuée fous lafoy publique dans leiein de vo- 
ftre Majefté, paflee piriVpeuue de voftre minorité, 
auoit faucé les replis de la malice , vous auok veu majeur 
d'ans, & de fageÛ^Srdeuenoitheureufemcitt impénétra- 
ble fous voftre pleine & parfaite auihorité,fi par les fecrets 
deffsinsd'auiansmalaffedtionnczà voftre feruiceeilene> 
receuok des atcaintes de toutes parts. 

Vos Edits,Sire,ont par tout allez d'authoritcLpour nous 
contenir en noftre tres-humble deuoir, non allez de bon- 
heur pour nous maintenir en feureté. Ceux qui font plus 
portez de paflîon eftrangere que de zèle au bien public, en 
ont iufqu icy enerué la vigueur,& vont découfant les pie- 
ces plus notables par les exécutions, contrauentions & fi- 
niftres interprétations , qui de iour en iour vont augmen- 
tant le mal, & tellement affoibUffant les remèdes, que fi 
V*M. ne verfe fur celle partie de les- fujets lebon-heurde 
fa Royale Iuftice, nous ne pouuons que preuoir fur nous 
1 oppreffion ja conceuë par nos aduerfaires, & trop fou- 
uent reffentie en ce que nous auons de plus cher. La Reli- 
gion,la Vie,l'Hôneur,les Biens nous font débattus, oftez, 
flétris, emportez comme à perfonnes indignes de voftre 
Protection, incapables de toutes fondions publiques , <Sc" 
forciofes de tous bénéfices , que les loix du Royaume dé- 
partent à vos fuiets. Ceschofes, Sire, n'altéreront point la 
ridelle obeïiïance que nous deuons à vos commandemés, 
ny le tres-humble refped qui no 9 lie à voftre feruice: mais 
nous fupplions tres-humblement V. M. tronuer bon que 
vous ouurant noftre fein , & vous découurant nos playes 
nous cherchions le remède en voftre Royale bonté. 
Nous croyons qu'eftant noftre Roy, vous eftes aufll 

A ij 



4 
noftre Vete>ôc que les* torts ou iniuftîces qu'on nous faict, 
ont leurrefle&ioniufquesà vous, &rejaliiîent en fin fur 
FEftat, duquel quand nous pourrions-nous oublier nous 
mefmes, nous deuons eftre jaloux pour le bien de noftre 
pofterité. Et quand nous ferions infenfibles à tout cela, fi 
eft-ceque comme Chreftiens nous nepouuonspas lon- 
guement porter les outrages, où contre vos Edits, I.efus- 
Chrift eft viuemét ofFenfë, fa ns nous tefmoigner indignes 
des grâces qu'il nous a faites. Nous fommes appeliez à 
fouffrir pour luy,non à fouffrir qu'on le deshonnore,qu r 6 
eftouffefa parole, qu'on de'guifè fa vérité. Les calomnies 
dont on efîàye de noircir noftre profefïion , s'attachent à 
luy.Vonsnetrouueritz pas bon, Sire, que nous ouïiïions 
raualer voftre authorité , la transférer ou foubmettre à vn 
autre,fans nous en remuer, fans nous efforcer à la mainte- 
nir. Que dirons-nous de noftre deuoir enuers Ief. Ch. qui 
alefouuerain Empire fur nos ames?ains que dirons-nous, 
fi jaloux pour voftre authorité & pour l'indépendance de 
voftre Couronne,nous fommes auiourd'huy perfecutez: 
(quoyquelous autres pretextes)par ceux quiconlpir nt 
fur nous, non pas parce que noftre religion leur tft con- 
traire: mais parce que nous trauerfôs leurs defïems tem- 
porels, & qu'ils fçiuétquenepournôs viure iamais fous 
autre influence que celle deiics Rois légitimes & naturels 
que Dieu, non les hommes nous aura donnez. 

Nousfçauons queleurs aifociatkms, congrégations, 
pratiques fecrettes,croifades, en effectle baftiifent pour 
noftre ruine : Là fommes nous voliez premièrement à 
exécration, puis deftinez à perdition, defignez pour vi- 
ctimes à leurs paffions:Tout cela peu de chofe,fi les Roys 
mefmes ne feruoieiit d'af perfîon à tels facrifices , fi le def- 
feinnepairoitiufquesàrEftat. Ambition effroyable de 



s 

commander vniour àtoutela Chreftienté, qu'il faille e£ 
pendre tant defanginnocentpourla defalterer, 6c enraf 
fer tant de morts pour feruir de degrez à ieurThrofnc 
imaginé, chofe dépiorahle;qu iisintereiîentles Princes 6c 
les peuples pour les faire initruments de leur cmauti 5 exe- 
cuteurs de leurs paffiôs fous prétexte de Religion , & que 
cela foit tenu pour fable: parce que nous le diions! Sire.-, 
nous foufpirons fous ces artifices, 6c gcmiflons de veok 
refpaiiïeur des efcaiiles, quicouurela prunelle aux puif- 
ïans > & qu'ils felaiifent mener infenfiblement à leur pro- 
preruinepâr le defir de la h'qïtre , que ces jeux tragicqucs 
s'apprefëentaux defpens de vos fujets, & que les François 
y jouent leur perfonnage.ài'adueu de ceux qui leur four- 
nirent de roolle, Ôc voudroient bien que ce fuft au Roy 
defp oUil'-é: Sire, nous vous fupplions tres-humblement 
nous permettre de vous dire auec toute fubmiffion ôc re- 
fpectueufe hberté,que nous tenons la prudence humaine 
vne dan^ereufe guide es affaires d'Eftat , fi la Itiftice ce h 
Pieté ne vont dèuaut. En la côdaite de ce deffein de nous 
ruiner, tant s'en faut que nousrecognoifïlons delà tiiftf- 
: ce ou delaPieté en noskiineux,quàgrand peine y vo\ os 
nous quelque traie! de prudence, ouy de malice 8c de pi- 
perie,quenous croyons ne pouuoir longuement proipc- 
rer,mais voicyle plus grand mal que nous y trouuons, 
c'eft que des v oilres meimes , leur donnant trop la main, 
font les fautes, & voftreMajefté en aura le defplaifir,pouir 
' veoir fes fujets defvnis,le leuain des ligues entretenu, le re- 
pos dei'Etlat esbranlé, & voftre oreille importunée à\ : a 
million de plaintes. Ceux qui portent la main à ce :irand 
œuure,loit par zèle ue religion mconlidere, ou pour ifmt 
intereft particulier , ou par obeïiîance aueugle qu 'ils 
vouent à d'autres fuperieurs que vous^u par leur ptopye 

A iij 



6 
malice, ou par ferment de confcience qu'ils préfèrent tou- 
jours à iccluy qu'ils vous ont iuré , abufent de voftre 
Royale bonté,eniployantvofttefacré Nom, voftxe in- 
uiolable authorité à la ruyne de foy-mefme. Nous le 
voyons,nul ne nous en croid,i artifice a gaignéie deuant, 
êc les preiugez ont fermé le pas à nos aduertifleméns. 
Nos aduerfaires n'ayons peu boucher l'oreille à la clé- 
mence de nos Roys,ont deiguifé nos aduis, leur ont don- 
né des finiftresinterpretations,&nous ont finalement ex- 
clus du Cabinet. 

Mais qu'ils cliarnisnt les plus fenfez: Que leur feinte 
pieté férue de talk à leur orgueil, aux clairs- voy ans d e- 
blouyiïcment,finous feront-ils Caffandres trop vérita- 
bles s'ils nefontfupplantez.Lemal croift dans le cœur de 
vos fujets;ce feu pétille toujours quelque eftinceile à tra- 
uers les cendres, & n'attend qu'vn vent à propos pour en 
faire vn ambrafement. Par là ils prétendent (eichernos 
larmes & tarir nos foufpîrs, afin que n en foyez plus im- 
portuné. O le beau mefnage,Sire , que vous verriez fi les 
Huguenossauoient quitté le Délies bons Pères vous li- 
ureroient chance dés le lendemain. Ils éftrançreroient 
tant de cœurs de voftreferuice, que vousferiez bien tofl 
Roy de nom,& eux en erîecl:, ils multiplieroient tellemét 
les cas de coafçience,parleurs fermons , par leurs eonfcf- 
fions, que tout gouuerricment d'Eftat deuiendroit Reli- 
gion,^ fau droit pour régner auec eux que voftre Maje- 
(te printrencentoir & l'ephod. Ne croyez pas , Sire, que 
eefqit le zèle de la religion de leurs pères , quilesanimeà 
crier àl'heretique, ou le zèle delà maifon de Dieu qui les 
Vonge,ccfHe zèle de leur maifon qui les altère du jang de 
vos (ujet^&lafantaitledontils font coirTez, qu'vn iour 
ilsdifpoferontd'hommes/emmesjcafan^orriccs, finan* 



1 

ces,& delà Couronne! vn befoin , qui les fait ainîl furet- 
ter dans vos Cours,vos villes, vos Confeils, pour nous 
fruftrer de luftice ôc de fupport. Ce n'eft pas voftre infe- 
rtile Sire, qui les porte à cet employ d'artifices ,àcesani«* 
mofitez contre nous : ce n'eft pas pour empefeher vnaf- 
fafïin de vous approcher,ou pour faire reparer ces afiaflu 
nats commis es perfoiines de deux grands Roy s vos pre- 
deceftèurs; Ce n'eft pas pour vous faire rédre vn Royau- 
me vfnrpé,ou pour mettre à couuertvoftreCouronne de 
quelques prétentions eftrangeres, il leur eiifaudroit fça- 
uoir bon gré. Ce n'eft pas pour derTendre le champ de la 
Croix,oupourconteruerîesheritages qu'ils ont fineméc 
extorquez aux meilleures familles, on lespourroit excu« 
fer;C'eftWnterefteftrangeràquoy leurs vœux font liez 
parla confcience,aufquelsilspoftpofent tout, &l'Eftac 
mefme. 

A fi pernicieux delîcin, nous auonsparfemé le che- 
min de doux &: d'efpines qui les accrochent par tout, 
ils voudroient bien pour les arracher y employer voftrè 
authorité,iuy faire efpoufcr leurparty contre vous met 
mes,& par voftre oreille faire encore vne fois pa Bel YtWr 
brafemét dans l'Ella t. Celeurferoitvnfeudeioye,poinS 
ueu que nous y fuffions confommez , & que des ruines ils 
pendent baftir nos tombeaux. Ce leur 1er oit vn fpe&acic 
agréable, qu vne campagne jonchée des corps de vos fii- 
jcts,pourueu qu'ils nous y peuftent recognoiftre entre les 
morts. 

C'eftpourquoy,iîs ne trouuent point de crayon allez 
noir pour nous peindre à voftre Majefté,ils font ingé- 
nieux à tourner nos fupplications en importunitez, nos 
remonftranccs en attentats, noftre religion en defobcït 
fance,nos iuftes deffences en crime deleze Majefté. 



Ayant affiegé vos oreilles j ils vous ont faict noftre 
pourtraict hideux <5c digne de voftre indignation,tâfchét 
à nous alliener du bon- heur de vos grâces , 8c tant qu'ils 
peuuent retardent la Iuftice &c la protection que nous ne 
demandés que de vcftre Majeftë, abufent delà Pieté. que 
Dieu a logée en voftre ame, yformantdesfcrupules,y 
tordant des religieux fentimens,ou à leur aduantage , ou 
à noftre defolatio-n, & de voftre bonté Royalle ils en font 
vn Arfenac pour nous foudroyer comme rnefchâs qu'ils 
nous ont figurez,fçachans bien que ne nous pouuez ay- 
jner, fi nous fommes tels Auflis'enfont ils vantez, & 
feperfuadant de paflèr plusauant, entretiennent cepen- 
dant ce ieuaim de haine , desfiance ôc jaloufie entre les 
deux Religions, vont approfondiiTant la fléftriiTèure fur 
celle que nous profeiïbns,pour en faire vnevlcere , de en 
fin la gangrené, qui pailant iufques a^cœurdeTEftaty 
perdra,nonlVne des deux,maisles deu^enfemble, pour 
nous laiffer après des funeftes accidens Vne paix fans loy 
Se fan s Région. 

Alors,Sire,ceux qui près de vous pallient le mal& né- 
gligent les remèdes, ne le pourront exeufer enu ers vous, 
n-y enuers leur patrieîd'auoirjcomme mauuais Médecins 
d'Eftatjporté leur Pacient à vne perilleufe recheutte. Ils 
prennent aduantage de noftre patience , Se nos fouffran- 
ces leur feruét d'aileral pour leur efchauffer le fang, com- 
me fi nous n'auioiiSiOU le courage de mourir pour la eau- 
fe de Dieu, ou le defir de viure pour luy feruir. Et n'oyent 
pas ce que plufieurs murmurent ( Qupy que peu fage~ 
ment) quela condition, en laquelle nous fommes, eft la 
pire de toutes pour nous aduancer noftre Religion, 
qu vhc guerre ouuerte feroit beaucoup plus luppor- 

table, 



plus fùpportable, en laquelle nous comrjenferions la 
perce par le gain, ôc mettrions la Loy de Talion en v- 
ïage,quela paix telle qu'elle eft, qui ne nous appor- 
te d'autre aduantage, que denous voir mourir à pe- 
tit feu. 

Apres Dieu, Sire [ & nous le pouuons jurer en 
bonne confeience ] le feul deuoir qui nous oblige à 
vous obeïr, &: la charité qui nous lie au repos de TE- 
£lat 3 contiennent iufqu icy le fang qui bouillonne 
dans nos veines au fentiment de tant d'oppreffion,&: 
ne croyons pas qu'il y ait d'autres feux ou d autres ri- 
s uieres pour nous bruiler ôc noyer , ny d'autres fup- 
plices que ceux qu'ont veu nos Pères: d'où par la 
grâce de Dieu, l'Eglife eft efchappee. Nous tenons 
pour folie les maximes defquellesils côcluentnoftre 
ruine, ôc fageiïe exquife les oracles du Tout-Puiiïànt 
qu'au befoin,^ pour nous confoler,nous fçauons 
conuertiren maximes d'Eftat; quand il cftqueftion 
de l'Eftat de l'Eglife.Iamais, iamais, Si restant qu'on 
oppofera l'Eftat à la confeience, nous n'aurons ny 
paix en la, confeience, ny repos en l'Eftat. Iamais 
que ruine ÔC malheur à l'Empire ,ou le Souuerain 
efpoufe vn party entre les fubjects. Il ne faut pas re- 
culer bien auant dans l'Hiftoire pour le vérifier. Aul- 
fi ne voyons-nous faire telles proportions, ny bri- 
guer tels aduantages que par des brouillons d'Eftac, 
ÔC par des bourreaux de confeience. Les Eftats & les 
confeiences, Sire, ont leurs rclïorts fi différents , que 
qui penfc à troubler l'vn par l'autre, eft troublé luy- 
mefme,& fe monftre ou malicieux, ou ignorant. 
Entre Dieu ôc la confeience il ne s'y trouue rien 

B 



- 19 

qui puîlîe dc'fguiler-celle-cy , qui ai puiiïê contrefai- 
re les alleUres , ains qui les pniflc trauerfer. En \%~ 
.ftat tout y eft conduiel: par vne prudence, dont 
les replis font infinis , & les voyes le plus fouuent 
obliques 3 ou la malice, la deffiance,le faft,lc fard> 
ont trop de bonne part, parce qu'elle jî'a affaire 
qu'auec des hommes : En TEflat ne s'agift que des 
chofes le plus fouuent in différentes , vaines, cadu- 
ques , incertaines , dont les deffeings ne parlent 
pas au déjà de celle vie. La confeience agift dans 
le plus fecret des hommes, ne traicle que des cho- 
ies qui abboutiiîent à vie ou à mort, éternelle, ôc 
ccft d'où les brouillons ont empoigné l'occà* 
fîon pour la meilanger auec l'EClat , &c Cerfs ru- 
zez bailler le change il cette meutte Populaire ,lu^ 
perfuader que l'Eftat ne peut eftre en repos , fî 
les confeiences ne bannillent au loing tous feru- 
pules de Religion, pour fe laifïer conduire à ta- 
lions fans fentiment , fans iugement , fans raifon: 
Car quel iugement & quelle raifon peut auoir vn 
homme qui mettra le feu dans la maifon de fon 
prochain , dans la fienne ? parce que tel ou tel n'a 
pas fon fentiment en la Religion t comme fi la Re- 
ligion fe pouuoit planter ou arracher par la force du 
bras humain, & non pluftoft par raifons & perfua- 
fîons tirées de la Parole de celuy à qui feul appar- 
tiennent , de prefenre fon feruice en fa mai- 
fon. •. 

Sire , lors que nos âmes font teintes de la Re- 
ligion qui nous eft enfeignee, elles ne fouffrent au- 
cun changement quiveusjxgardcjfi ce n'eft pour 



il 
vous aymer 9 craindre, & honnorcr d'auantage, leu* 
ferment , leur fidélité, leur affection, leurs feruices 
ne les cirent point ailleurs. 

Nous nations point de ferment au dehors, point 
de fuperieurque foubs voftre authoriti,nul de qui 
nous tenions office ou bénéfice vous eftes noftre vni- 
que, noftre put après Dieu. Durant le ferain de TE- 
ftat, autre Soleil ne monte fur noftre horizon y en la 
nuidfc de Ces miferes, point d'autre Phare que voftre . 
autorité» en la folitudc dans laquelle on nous expo- 
fe, point d'autres mont-joyes quevosEdicl:s,en la 
guerre couuerte qu'on nous fait, point d'enfeigné ar- 
borée que voftre luftice, 6c parmy les flots ôc l'ora- 
ge qu'on excite contre nous, nous n'auons point de 
balifes que vos Roy ailes vertus. Si nous femmes 
efloignez de vos yeux pendant que nos mal-vueil- 
lans ont le deuant, c'eft noftre malheur, iamais man- 
que de très -humble deuotion à vousfemir, Noftre 
ferment de confeience n'eft qu'à Dieu, celuy de fidé- 
lité ôc d'obey ffance n'eft qu'à vous , comme nous ne 
recognoiflons que vous. Qif ils en dient autant, ô€ 
qu'ils le dient en confeience ôc fans équiuoque : Ait 
contraire, à chacun degré de leurs promotions ils re- 
culent vn pas de la fidélité qu'ils vous doiuent natu- 
rellement: Et finalement s'eftant jjettez en pleine 
eau, ils le deftachent d'aueevous, perdent deveue 
îedcbuoir,puis le refpe&defubjeclis, en fin ne vous 
font plus rien, il leur cft permis de mettre en qiteftion 
il elle vous appartient fouuerainemenr. 

Il n'y à que pousqui retardons [croyent-ils] 
vue puilîànce confeiencieufe fur vous ôc fur vos nV 
.... ? ij 






jets,, qu'ils défirent rendre abfoluëà vn Ëftranger 
Si vous ne concluez la guerre à vos-fubjects fé- 
lon leur volonté, fi vous ne recognoilïèz ceftepuif- 
fance en certains cas, ils vous fermeront leur Para- 
dis y vous publieront fauteur d'Hérétiques , &: ne 
pouuans arriuer à la fefte Sainct Bartelemy, cherche- 
ront à célébrer celle de Saincl: Boniface. 

Ne croyez pas, Sire, que la defolation de j'Ê- 
ftat les touche ; dés qu'ils font entrez là , ils n'ont 
plus daffe&ion que pour eux: s'ils eu monftrent, ce 
n'eft qu'à deifein d'y profiter, les miferes d'vne guer- 
re ciuile feroient leurs délices, pourtieu que nous fuf- 
fions péris les premiers, tant& fiauant les a defna- 
turezeefte promotion qui les deuoit rendre 8c plus 
humains, Se plus charitables.. 

Ce qui les anime donc contre nous n'efl: pas 
l'amour de leur pays , le zele du bien public , ÔC 
moins encor', quelque dcuotion à voftre feruice: 
mais c'eft qu'ils ne penfent pas pouuoir monter à l'i- 
maginaire domination quils minuttent, ny pou- 
uoir mettre le pied fur les Fleurons de voftre Cou- 
ronne,- s'ils ne s'y font des brefehes par noftre ruine: 
Ils fçauent que nous crierons auffi-toft au voleur, & 
ne trouuent moyen de nous ofter la parole qu'en 
nous empefehant de refpirer. 

Pour y paruenir, que n'empîoyent-ils pas ? 
Y a-il rien de facré qui ne foi t prophané par eux ? 
Commençons par voftre Sacre, Sire, ils fçauent 
bien que 1 ancien Serment au Sacre des Roy s ( qui 
liefe faifoit moins félon Dieu)ne regardoit quelebié 
de la paix, repos, &feurete de TËftat, la protection 



de vos peuples , aujourd'huy on vous fait jurer d'ex- 
terminer partie de vos fubje&s êc plus fidèles , ôc 
plusobe'ïlïants à vofoe M a] eux, qu'ils appellent hé- 
rétiques ; Vous obligent par conicience de tirer de 
voftrc fang le plus pur , le plus net de toutes intelli- 
gences eftrâgetes,de tous meflanges d'affection. Cet- 
te pièce neuhie à voflre ferment y a efté confite' fine- 
met par ceux quipourpenfent vne forte defchireure^ 
ôc dés lors que les Papes fc font mis en l'cfprit d'exau* 
thorerceux qui les ont mis hors de page. C'efc ainfi 
qu'ô fait d* vn affaire d'Eftat vn cas de confcience, 8C 
toutefois s'il plaifoit àvoureMajcfte y voir de prés . 
elle tr0uueroitqucH.ierefie.pour laquelle on nous en 
veut fur tout, efî de ne recognoiflre en l'Eglife qu'viv 
feul Iefus-Chrift pour chef, & en ce Royaume pour 
Roy autre que vous, carence qui touche leur ven- 
tre, Se que nous ne croyons point cela vous doit ren- 
dre fufpecles , leurs pcrfuafions& leurs confeils non 
receuables* 

C'eft prendre vn mauuais chemin en matière de 
religion que de penfer faire tenir prifon aux efprits, 
s'il ny a que Dieu qui en garde la clef. Que les pri- 
fonsfoientbafties de crainte ou d efperance , d'hon- 
neur oud'ignominie, de pr'omclïès ou de menaces, 
derecompenfesoudefupplices,ils efchappent tou- 
jours à la feruitude, & retournent en leur première 
liberté : on peut forcer le corps, tirer vne parole de la 
bouche, mais le cceur humain s'opiniaftre contre la 
defence, & mefprife ce qui îny eft permis. Venir aux 
extrêmes pour nous faire quitter ce que nous croi- 
Ons moyen de falut, nous ne penfons pas qu'il puilte 



24 

entrer en l'ame de voftrc Majc&é , penfer nous y 
porter peu à peu par le mefpris , la honte, &c Toppro» 
bre dont on nous couure,nous ne penfons pas que 
voftre M-aieftd le vueilie permettre long- temps. 
Ceux qui les nous fout fouffnr, rnonïtrent plus de 
paffion que de prudence; car la feule perfuafioneft 
la vrayemaiftreife des efprits, par ce qu'auec dou- 
ceur elle employé la doâ:nne,& l'exemple les moy- 
ens iniurieux , dont fc fert l'Imprudence quafi par 
tout 3 nous roidirons pluftoO: que de nous amollir, 
6c ceux, qui ne nous pouuans feduire ,; changent 
leurs raifons en outrages , patient fans doubte de 
l'humanité à la beftife , de la Religion à, l'impiété. 
Penferoient-ils que nous puiffions facilement pro- 
diguer la créance pour laquelle nos pères , ains les 
Apofttesont prodigué leur fang? fi nous le croyons 
ainfi, c'eft gloire à nous é'y perieuerer, & folie de 
croire qu'on nous en puiiFe tirer par violence. Nous 
fortirons pluftoil de la vie & de nos Jmaifons que de 
noftre profeffion , paiîerons pluftoft par le feu que 
parià^lesimiples femmelettes, les mères Chreilien* 
nés parmy nous aymeront mieux porter leurs en- 
fans au fupplice qu'à la Meile , tant à de force la per~ 
fuafton de pieté, «Se le zèle à toute bonne ame de fon 
fàlut. 

Si nous nauions vue ferme perfuàflon que no- 
ftre Religion eft d'en-haultnous la quitterions bien 
toit > ven les ininres à qu'oy elle eft expofée ; mais 
puis qu'on ne la nous peut oiler, non pas mefmes en 
rious oftant la vie, il n'y a celuyde nous qui ne foit 
perfuadé de la protection de Dieu, ôc que la caufe 



15 

de Ton Egliiecft celle mefme de Chrîft 3 duquel nous 
faifons profeffion. Que Tes promefiesibnt il ferme- 
ment eftablies , qu'ai eft impcffible qu'il ncus aban- 
donne, & s'il- nous chaftie , nous fommes aliéniez 
qu'il ne nous perdra pas pourtant. 

Nous ne Tommes pas meilleurs que nosperes ny 
eux que les premiers Chrtilieris, ils ontfourTert, éc 
nous fouffrions auffi , & auons du fang à perdre 
comme eux pour cette querelle, &c le perdrons auec 
joye peur garder ce déport, qui nous efl commis, 
mais le mal eft pour nos mal-vueillants que nous ne 
pouubns plus mourir (ans compagnie. Ne ferc 
donc de rien d'y employer la violence , c'eft frotter 
des cailloux parmylapouldre à canon, il en reiiflî- 
raceque dit le Prophète, ce fera dubraher dans du 
bois vn flambeau entre des gerbes, nul n'a iamais re- 
mué ce rocher qu'il n'en ait efté eferazé. " 

L'expérience de tant de ficelés eft pour nous, ôc 
ce rempart de confeience eft fi ferme , que nous 
1 oppoierons à toutes calomnies ,iniures, machina- 
tions, aiïeurez qu'en le deîfendant au péril de nos 
vies, il y aura toufiours de la honte pour les aiïail- 
iants. * 

Au nom de Dieu , Sire /qu'on n'en vienne pas 
la pluftoft , foit voftre autherité noftre auant-mur, 
l'ooferuation exacte de vos Edicts noftre deffenfe, 
nous n'en voulons point d'autres, tant qu'il plaira 
à voftre Maiefté la nous continuer. 

Quel mal'heur feroit-ce qu'on nous mit en ce 
«leftroiGt. , & qu'on nous tirait du Cdn les mains que 



i6 
nous n'efreiidous que pour vous fupplier? Quelle 
eipreuue de noftre patience, que vous nous eutlîez 
abandonnez à famercy de ceux quitafchcntànous 
affoibur pour nous poulfer puis après ! 

Il eft dangereux. Sire, de laiiler prendre racine à 
la maxime de nos'haineux : qu'il faut perdre les hé- 
rétiques: tant qu'elle aura vigueur dans le cœur de 
vos iubie&s, vous ne ierez point en repos, ne nous 
enfeurté ceux qui en font va leuaim de nos miferes 
qui preicheat à voltre oreille qu'il faut vnefeignée, 
ne içauent pas ou diffimulent malicieufemenc , que 
du fang iniuftementreipandu, il en fort des efprirs 
qui mettent les peuples en fureur, & "fer lient d'huile 
aux embrafements. 

Lors ferons- nous forcez pour l'amour de Ieius- 
ChriftjCx: pour l'amour de nous, Sire, de prendre 
courage, ôc nous oppoferà celuy qui voulant rauir 
fou empire de Chrift , tafche auffi à vous rauir le vo- 
ftre. 

Nous n'auons en noftre confeiÏÏon defoy rien qui 
ne tende à l'honneur & grandeur du règne de Chrift, 
rien qui ne tende à l'honneur Se grandeur du voftre : 
on nous aceufe d'herehe enuers iny , de rébellion en* 
«ces vous, qui ne croira deuoir la vie, à la deffenfe 
de fi iufts caufe ? .iufques icy l'amour de noftre patrie 
l'emporte par deilus le courage-, la patience contient 
le deiefpoir,6c retient le retour de tant d'iniures dans 
le rcfpect que nous dcuons à vos îoix], nous defmen^ 
tons nos douleurs en l'attente de voftre Iuftice,&: re- 
cuifo'ns beaucoup de foufpirs pour le bien de la paix 
aucc nos concitoyens. Tout cela nous retourne à 



meipris, 



17 
mefpris, & tant s'en faut que les cœurs en 
foient amollis , ils s'endurcirTent en ce def- 
fein de noyer nos âmes dans le pourpre de 
nos martyres. 

Tefmoins en foient tant d'infra citons, 
Gontrauentions,innexecutiôs de vos Edidfcs,. 
ou nous ne trouuons article , qui foi: de- 
meuré en fort entier. Ils portent fur le front 
la parole du Princejafoy publique, font ai 
faifonnez de la douceur de lapaix,reuerez 
entre les bons François , comme tutelaires 
du repos, chéris commele ciment dei'Eftat. 
Nous efperions viure à couuert foubs leur 
afyle, Se que le temps les affermiront en vo- 
ftie Royaume, mais nos mal-veillans à qui 
rien n'eftafTez ferme , affezfacré, ont telle- 
ment grauonné'ce ciment, esbranlé cette 
fermeté,que la foy publique s'y trouue par 
toutviolée,&ne refte rien plus que voftrc 
parole en fon entier. Nous recourons à icel- 
le,commeàno{tre Ancre facrée, &rfuppliôs 
tres-humblementvoftre Majefte nousfup- 
porter fi les tours de vis que ces infra (fleurs 
donnent au preiïbir de la croix, expriment 
malgré nous ces plaintes toutes détremoées 
en larmes, & noyées en douleurs. Il ne nous 
aduiendra iamais de violer vos loix, bien in- 
flruits,quenele pouuons fans violer celles 
de Dieu , mais ceux qui oient fi fouuent vio- 
ler les voftres, pour nous forcer à les heurter 

C 



i8 
de noftre part, monftrent de quel pied lis 
cheminent en voftreferuice, Se en quelle r e- 
uerence ils ont vos volonté^. Quant à nous 
qui en auons des actes fi authentiques, nous 
eftimerôstouiiours nos vies bien employées 
aies maintenir, & d'autant plus que nous y 
voyons les fentimens de tous bons François 
vnanimementportezjnoftre longue patien- 
ce nous feruira de rempart, contre la calcnie 
ôc àlalufticedenoftre caufe, nous éguife- 
rons nos courages, non pour. nuire àper- 
ionne,mais pourarreiteriannifance qu'on 
nous prépare. 

A tant d* outrages nous n'auons iufqiucy 
oppolé que voftre authorité à tant de blaf- 
mes que noftre innocence, a tant de fuper- 
cherics,que la crainte de vous offencer. Si on 
nouspourfuit aueciniures, c'eft noftre fe- 
ue nche*le boufcnei l'oreille ; ii on nous iet- 
tedelafange,deiecoiierlemanteau;onnoiis 
mefprife s nouspreuenons par honneur.: on 
nous maudit, nous benifïbnsron nousde- 
tefte,nous recherchons : on nous comdam* 
ne, nous repartons doucement, Se Tommes 
tellement faits à la patience, qu'il n'y a of- 
feneequine nous trouue préparez à la fnp- 
porter pour le*bien de paix. Toutes nos 
végeâces font formées en plainctes, & pour 
tout recours n'auons que vos Edictz. SÏre, 
c'eft de voftre authorité de les rendre impe- 



19 

netrables à l'orgueil, à l'impudence, à la ca- 
lomnie , elle feule peut empefeher Hnfolen- 
ce de pafier aux extrêmes, & noftre patience 
de palier en fureur. Encore fournies nous 
hommes pour auoir quelque fentimenr,f\: fi 
nousn'eftionsChreiiieni», & vos très hum- 
bles fuie&s,dauantage nous nel'endureriôs 
pas. Ils ne font pas contens de fleftrir nos 
honneurs, de rauir nos biens; d'attenter à 
nos vies , de nous priuer de nos en.fans , ils 
perdroyent volontiers nos âmes puis qu'ils 
les vouent à exécration au feu éternel, 5c 
nous procurent voftre indignation. Pour 
l'honneur , les biens , êc la vie , paiTe, cela fe 
peut appeller patience, fi nous les perdons 
en gemifiant, mais qui d'entre- eux n'eftime- 
ra perfidie ou iafcheté, fi nous endurons le 
refte fans nous en reflentir ? Âinfifoit que 
nous laiffions au iugement de Dieu ce qui 
rouche nos âmes, pourrons-nous furuiure à 
l'honneur de vos grâces , les ayant perdues 
pai l'artifice de ces malicieux fansTaiioir mé- 
rité ? Tputesfois perfonnes des noftresn'a 
Cre'u iulqu'icy tout cela aifez fort pour rom- 
pcerobcilFance que nous vous deuons^nous 
voicy encore malgré nos ennemis, nets de 
ce reproche que nous ayons les premiers 
troublé le repos de noftre patrie. Nos Klini^ 
{1res n'ont point ouuert labouche à laiedi- 
tion,nos Gouuernetirs n'ont point vfé der.ç- 



M 



prcflaille. Nul n*a faict des congrégations 
pu aflociations pour minuter des defleings 
de fang ou de feu, pour toute confolation 
ils nous renuoyentau bois de la croix, au 
fiel &c au vinaigre de celuy qui détrempe nos 
amertumes par les douceurs de fespromef- 
ùs : ainfi auons nous patte vingt bonnes an- 
nées , attendant que Dieu touche le cœur de 
nos Roys pour nous. 

Mais quoy , Sire , nos pleintes ne vie n- 
nent pis iufques à vous , & s'il y en paruient 
quelquVne , elle a défia perdu fa vigueur, 
déguifée , exténuée , & qui pis eft,transfor^ 
mée en reproches ou en crime, s'il nous 
auient de redoubler nosplainer.es, 6c faire 
ouyr nos gemifTemésauec quelque vigueur, 
inconrinenr on nous menace de vous faire 
eferire vos refponfes àla pointe de l'efpee, 
$c les nous faire prononcer par la bouche 
du canon. Nos tres-humbles remonftran- 
ces fonr rebellions au mgement de nos ad- 
uerfaires, & nos iuftes , ains necefiaires def- 
fences,<ieuiennent crimes de leze Majeflé , 
les preuues de noftre fidélité font conuerties 
en tefmoignages contre nous ,& la fynceri - 
te de nos intentions en reproches :li nous 
fommesexcedearon informe contre nous, ôc 
nos aggrefieurs font receuz à depofer. Si on 
nous oufcrage,foit de fait,foit de parole,nous 
$ic fommes pas parties receuables, fi on à 



21 

fonné vn toxenfur nous, nous aurons et 
roeu la fedition , Nos iuges font toufiours 
nos parties, il y àrecompenfe à n us faire 
au mal,& vos financesy contribuent de no* 
tables fommes : s'il faut en fin nous rendre 
quelque apparence de iuftice , nos aduerfài- 
res taillent la plume, & s'il faut quelque re- 
mède, ils en fburnifïlnt les ingrédients plus 
amers cent fois que la douleur. Vos Edits 
ne font plus quVne tolérance ( ainû* les ap~ 
pellent-ils)vn piège pour nous prendre aa 
deipourueu. On y fait des brefehes partout, 
& nulle part font elles réparées : fi on ne les 
ozerompreàlafoys, on les affoibîit peu à 
peu , ce qu'on ne peut ouuei tement refuieri, 
on le rend inutile par dilayements, & caue* 
on des mines foubs les fondemens de la paix 
pour les faire ioiier en leurs temps. 

En maint endroiét on nous empefche Ve- 
xer cice que vos Edits nous y ont permis. On 
ne nous veut laiffer viure en repos ,[ ne mou- 
rir en paix. Contre vos Edits on affiege le 
cheuet de nos malades, ôc à force de crier 
qu'ils font damnez, on ne leur permet de fe 
retourner à Dieu,au moins en rendit le der- 
nier foufpir,& quoy que nos haineux n'ayét 
rien pîusagreàble que nos tombeaux, on la- 
pide ceux qui nous enterrét^on déterre ceux 
qu'on auoit enterrez, &iette-on lescorps 
aux voyries, on nousaffignepour Cemetie« 







res des lieux infâmes 5 on inuaîide les tefta- 
ments de dernière voloî9té,on deftourne ail- 
leurs les legs teftamenuires. Onerileuenos 
enfans pour les faire baptifer j s'ils font pu- 
bères , pour les rnarier.ou les cm ployer con- 
trelaconfcience des pères ^forçant la loy de 
nature comme celle des cenfcicnces, quand 
©nnouscontrainctaux chofes répugnantes 
à noftre liberté Chreftienne. Pour fapper 
l'Eglife parles fondements , on nous ofte 
tout moyen d'iiiftruire nos enfans: On nous 
recule de tous honneu es , charges, dienitez, 
âcdroi&sdevosfujcdtajesfruichque nous 
deuions receuoir des Chambres de l'EdicT: 
iamaiscueiilisenfaifon 3 foitpar les trauer- 
fes qu'on nous donc 3 ou les fréquentes euo- 
cations ailleurs 3 ou pour rimpofiibilité d'e- 
xécuter leurs arrçfts quand ils font obtenus* 
On bruile nos Temples, on furprend nos 
feuretez,on recule noftre Nobleiîe de voftre 
maifon , on donne leurs pen (ions à d'autres 
qui ne l'ont pas mieux mérité, on nous ban- 
nir des villes 3 on excite des feditions, brefx 
on nous perfecute miquesau fang,& ne s'en 
faut plus que cela pour combler la mefure, 
&: nous replongeât aux premiers malheurs* 
vérifierons padages del 5 E(criture,que nous • 
fommes vra?s Çhrçfticns', puis que de mef- 
me condition que les premiers. 
Sire, cous ce* torrents formeront en fin vn 



x r 



déluge : nous le preuoyons, Se ne baftiflons 
pourtant d'autre Arche que voftre protecti- 
on l'Impunité ftla mère nourrice de ces in- 
fractions , mais il efl à craindre quelle ne 
rencontre Hmpatience, 8c par vn infaufte 
accouplement ne produifent encore vn tel 
monftrequeles ficelés précédents ontveu, 
lors que l'authoritéRoyalle a paru dans l'ob- 
feruatioacîefes Edi£ts, on a veula prompte, 
Scmiraculeufeguerifon des efprits jmelme 
lois que les playes efloient encore récentes, 
mais maintenant on voftdair , que la mala- 
die feglilfe de rechef dans les am;'s à mefure 
qu'on relulchecerleauthorité, on fentbien 
que les efprits s'egtiiïenr, que faute d'obfer- 
uer f^s fages régimes de fanré dans i'Eftat 3 la 
pîaye eft. prefte à s'ouurir auecdesfympto- 
mes , (Inon mortels, pour le moins très dan- 
gereux. Ceux q^i caillent ce mauuais mef- 
npge^Sirejpour des confmefitions eftran- 
gères, & particulière, ne penfent rien moins 
qu'avons bien feruir^eV n'ont pas tanr à dçC- 
fein de nous nuire qu'à fasre Içur profit du 
mal-heur. Ce font Soleils de Mars qui pour- 
ront efmouuoir, mais non pas refondre les 
mauuaifes humeurs , ôc quand ils'fe ieroient 
imaginez denouspouuoir ruiner, fi eft -ce 
que, noftre ruine n'eft pas leur but principal, 
ils eftiment bien plus l'açceffoire^ fçauoir la 
confufion ôc le defordre en i'Eftal. Si pour 



14 - 
vnefconnefoisvoftre Majeftc rérranchoir à 
ces brouillons Tefperance de voir vosEdits 
rompus , s'ils auoient veu voftre Majefté 
fermement refoîuë à les faire obferuer ' 3 que 
vos officiers les premies s à les violer, eufîent 
fentv la peine dtuë aux infr acteurs, & qu'on 
cuftofté le vent aux trompettes de feditïon, 
il ne faut douter que fînalemétnous viuriôs 
en paix , &: mettrions l'Eftr.t hors des concis 
xnicltlesalarmesj'eftranger hors de préten- 
tion denous affôibUt parla- Nous ne vou- 
drions pas,Sire,mal péter de pcrfonne,mais 
îlfaudioitn'auoirpas veu les artifices, qui 
ontterny ie ficelé paflç de tant de troubles, 
noircy la France -i étant d'infâmes cruautez, 
pour ne deuine* maintenant que ceux qui 
nous veulent replonger dans ces flots , ont 
quelque intelligence âuec ceux quitrouucnt 
dcladouceir en nos aigreurs, leur repos en 
nosrauauXjieurfeurerépârmy nos dâge-rs. 
Pendantque l'alarme eft cheznous^ls gai- 
gnent temps &: pays , nous ne leur deman- 
dons pas ce qu'ils nous ont vfurpé , nous af- 
fermirons la prefeription^vne génération 
paffe Cependant, &roublyrédnoftredroic'fc 
ïur-anné, nous n'y ferons plusreceuables, 
C'eftpourquoyoninterefle vos fubie&sles 
vns contre les autres, afin qu'ayant de la be- 
foigne chez vous , vous n'en cherchez point 
ailleurs. SirejCeftvne maxime afleuree que 

ceux 



ceux qui vous veulent voir en peine ne vous 
ayment pas , & vous y feriez, Sire, fi vous 
preniez leur aduis , qui eft de rompre vos 
Edi&s de paix.Ils n'ont encore ofé pafler iuf 
ques-là , que de le dite ouUertement : Ce 
confeil eft trop viiîblement pernicieux, de 
pour l'ozer il faut auoir bien du front. Mais 
quelle différence y a-il de defmembrer vn 
Edict pièce à piece,i'enfraindre en detail,ou 
dele rompre à la fois ?Il ne s'en faut que dV- 
ne fimple formalité, c'eft que vous n'en auez 
point de déclaration , car au refte vos Parle - 
ments y ont tout auÛt peu d efgard. Or il 
nous en fommes pacuenus nuques- là , il eft 
temps de penfer à nous , nous y péfons aurlï, 
ôc recourons à vous. Si vous nous rebutez à 
celle fois , il fe faut tenir pour madez, la par- 
tie eft faietc contre nous , nul n'en pourra 
plusdoutenplusdefeureté pour nous Nous 
Ferons bien toft la proye de nos haineux,qui 
prendront ces defnys pour abandon de nos 
tiens y ô€ de nos vies àleuranimoficé. Ainrî 
faudra que la fidélité fe courbe foubs la ma- 
lice, ou que vos Edits ne pouuans ployer 
dauantage viennent à rompre, à la grande 
defolation de vos bons & mauuais fubje&s. 
Nous enfommesbienpieSjfîDieu n'a pi- 
tié de nous, car nos hayneux n'ont plus de 
lieu pour la patience , tant qu'ils nous voyee 
expofez à leur mcrcy,fans Edits, &fans pla- 

D 



cedcfcureté, ils croyent que ces bicoques 
fondes nerfs de vos Edits, que fans elles ils 
aur oient bien toft froiiTc les feaux,& déchiré 
ce parchemin. O que la rage auroit lors beau 
jeu (fe leur femble) qu'on verroit bientôt 
la France defpeuplce d'heritiques , on ne 
craindroit plus les représailles , toute cruau- 
té' s'exhaleroit de ces cœurs zelez (ans crain- 
te de retour.Mauditeperfuafïon,qu'on met- 
je nos vies à fi bas prix , & qu'on ne puifïc 
voir après tant d'expérience, que ceux qui 
ofent bien enuifager pour celle querelle vne 
morthonteufeauiugement du monde, en 
pourront bien affréter vne honorable quâd 
on les y forcera.Ces places, Sire,sôt voftres, 
6c nous n'y auons rien que lafeureté, elles 
Me font pas tant pour vous que pour TE- 
ftat. Troisiours apresque nous les aurions 
rendues, ils nous forceroient à tenir la c am- 
pagne, & vendre nos vies aux prix des leurs, 
d'autant plus chèrement que nous combat- 
trions pour la Foy violée , pour la Religion, 
pour la patrie. Ceux qui aiment le fang& la 
confufîon voudroient bien voir ce mur ab- 
batu, qu'ils rendent nêantmoinsneceffaire 
parleurs menaces ordinaires d'vne fain&e 
Bartelemy. Nous efîuyons cela par noftre 
fîlence,&paiïbns,mais , Sire-,ce(rà vous à 
qui il importe que ces places demeurent en 
noftre garde, autant que l'obfei nation de la 



*7 

paix eft necefTaire à voftre Eftat i Vous trou- 
uerez que ceux qui vous importunent de les 
ofter, ou ils font étrangers d'affection, ou 
ils fauoriiTent l'Eftranger, fi ce ne font gueux 
qui n'ayét rien à perdre. Nul bo François ne 
vous confeillera de nous expofer à lamercy 
de!acruauté,rexperience ayant môftré que 
le feu prendroit bien toft aux prochaines 
maifbns. Nous ne fdrames plus gensàmaf- 
facrer ; il à pieu aux Roys,vos predecefteurr, 
ôc à vous 3 Sire, de nous octroyer des Edits, 
nous mourrons pour vous faire obeyr,&: les 
garder en leur entier. Iufques-làferons nous 
Tans force, fans action que pour voftre fer- 
uice,& ietrerons la première pierrefur celuy 
des noftres qui en aura pour antre occafion. 
Nos ennemis fe trompent, ils ne nous por- 
teront pas fi facileniét hors de n oftre dcuoir, 
quelques rufes,iniuftices, ou violéces qu'ils 
y employent, leur malice n'eft aiTez déliée 
pour attirer fur nous le blafme du mal qu'ils 
veulent faire, clic eft defcouuerte , Se nous 
fupplions très- humblement voftre Majefté 
d'y regarder, ils nous voudroient porter à 
l'impatience, & delà aux extrêmes , pour 
dire que nous auons commencé. Mais nous 
ofonsaffeurer voftre Royalle bonté qu'elle 
nous fera dcfnyée bien à clair , ôc bien de 
fois auant que nous en vcnions-là. Nous ne 
donnerons iamaisceiladuantage à nos ad- 

Dij 



■' i8 
uerfaîres, à vosmauuais Teruiteurs pbur at- 
tirer fur nous ce blafme perpétuel» mais aulïî 
fupplions-nous très- humblement voltrc 
Majeûe vouloir tenir la main a la réparation 
de tant d'iniuftiecs , reprimer l'infolence, 
eOouffer la malice, punir la defobeyiîance 
de ceux «qui d'eux ou de nous troubleront 
voftre repos. 

Pour le bien cognoiftre, Sire, qu'on porte 
à voftre Majefté les cahiers refpondus du- 
rant voftre règne, elle verra tout à clair la 
caufe de nos gernilïèmens,&' par les rcfpon- 
ceslaba{edenoitrearrermi(rement,iesruit- 
tes de la luftice , à laquelle nous n'auons fçeu 
attaindre , ontlaiiïé nos pourfuittes , de plu- 
sieurs ont mieux aimé périr Tous la Croix, 
que recourir à ceux oui la leur ontaggrauée. 
Mais non, Sire , que voftre Majefté n'aye 
pas ce deiplaifir devoir tantd'iniuftices que 
vos officiers nous ont faites, qu'il luyplauè 
feulement iétter les yeux {ur ce qui Te pslîe. 
Voicyiccinquiefme mois qui court depuis 
que l'Aile m bléVeft par (es députez aux pieds 
de vqftrë Majefté , (upplianre, gemiibnce 
fous tes plaintes oui l'àffaiflerit de toutes 
parts. Parvn bien petit efchanrillon de cinq 
ou Ci x articles y elle a faict voit à voftre Ma- 
jefté, que bien toft vous l'auriez feparée, fî 
tantioy peu elle receuoir des tefmoignages 
de volke bonne volonté , iugeant par là fi 



25? 

iuftiçcîcur eufterté rendue* du reftedevoftre 
inclination fauo:able à les ouyi en leurs iu- 
ftes demandes. Trois diuerfes deputations 
s'en (ont rerournées les mains vuides,rAf~ 
femblée n'a rien obtenu , non pasmçfmes 
des chofes où voftreauthoricc efî la plus in- 
tereffée , comme eit l'affaire de Clermont, 
deLodeun. Que peut elledonc, prefîépour 
les gemiiTements d'vn million d'ames inno- 
cences ', que reyterer (es tres-humbles fup- 
plications,non/pour importuner voftreMa- 
jefté , mais pour vaincre , s'il eft poflible , la 
mauuaife volonté de ceux qui nous rendent 
de mauuais offices pies d'elle en vos Con» 
feiîs 8c ailleurs, que finalement nos foufpirs, 
& nos larmes toucheront ce cceurRoyal 3 & 
vrayement iufte , & paternel , ôc que les fai- 
nes , &Saincl:es intentions , qu'il a pieu à 
Dieuyloger,furmonterontenfin les artifi- 
ces de nos Mil- veillants ,pour nous ren» 
uoyer en nos maifons, rendre des facrifiecs 
à Dieu , des actions de grâces à voftre M aje- 
fté i Se des coniolations à tant de panures fa- 
milles qui les attendent par nous de voftrc 
RoyaDe bonté. 

Nousnous affermirons toufiours en la fi- 
el elle obeyfiance que nous vous deuons, 
nous glorifierons en la fince'ritc de noftre 
fubuchon par deiTus nos accufateurs&vous 
ferons voir que la fidélité qui vous cft deuc 



eftfi intime à nos confciences que nous ne 
croyons pas pouuoir blefler cei!e-!a( que 
celle-cy n'aye Dieu pour luge & vengeur, 
fans qu'aucun nous en puifïc defeharger, 
tant que vouslairrez à Îefus-Chrift Ton em- 
pire dans votërc Ettat) il eftablira par fa do- 
ctrine le voftre dans nos cœurs,& verifierôs 
contre ceux qui foubz voftrefacrcNomen 
voudroient arracher les Lis, quilz ny pour- 
ront iamais efteindre lesvines marques de 
la puifTance Roy aile, n'empefeher qu'elle ne 
nous foie plus precieufequelavie. Soubsle 
nom de nos Rois, on nous a bannis , outra- 
gez, fpoliez,mau r àcrez.,nousn , auQns en rien 
diminué noftre amour ne fidélité, pareeque 
nous les tenons de Dieu , non des hommes, 
onapointéleur puifTance contre nous , & 
n'auons en fin trouué plus feure retraite. 
Tant de fréquents Edi&s qui eftoient com- 
me le baulme de nos playes,& qui nous ont 
iîfouuentmisàrabbryderauthontéRoyal- 
le, nous ont apprins que c'eft comme vne 
diuinitétuteîaire,qni nous couure des atten- 
tats de nos adueriaires. Diuinité donc, que 
nousreuerons pardeifus toutes chofes hu- 
maines , foi b; laquelle nous refpirons,& 
toutesfois foufpirons encore , à laquelle 
ïîous recourons maintenant la voyant heu- 
reufemét accompagnée de pieté de Iuftices, 
Diofcures de bon preiage à voftre Natiuité* 



à voftre Sacre, à voftre Majorité. Nousîes 
prenons pour garents contre tous les coh- 
ieils qu'on vous pourroit donner contre 
nousjcs imploras du profond de nos cœurs 
es alarmes qu'on nous donne à tous coups, 
& dans le péril euident, que les feditionS ex- 
citées au premier fermon nous feront bien 
toftle butin de l'aueugle populaire. Nous 
efperons que la clarté de ces deux Aftres diC- 
fîpera tous ces fombres nuages, & que vo- 
ftre Majeftc ayant recogneu la Iuftice de no» 
ftreinnocence,diilïpera tant de pernicieux 
confeils, cV que nous en vous feruant poflè- 
derônsnosamesen patience, & nos con- 
sciences en la liberté que le tan g de nos pères 
ôc vos Edicts nous ont acquife , afin que 
nous pornos de toute noftre force nosbiês 
& nos vies à raffermnTement de voftre Eftat, 
exaltation de voftre Couronne,& nos vœux 
au Ciel, à ce que le Throfne de voftre Maje- 
fté foit eftably enluftice, & fon Sceptre en 
équité, que toutes vos entreprises foyent 
heurcufes,voftre Royaume paifible , voftre 
force inuincible,vos actions admirées , vos 
vertus reuerées,vos commandemens obier- 
uez,& voftre règne comblé de félicité, dela- 
quelle^'il piaift à voftre Ma jefté,nous aurôs 
noftre parteomme vos autres fnjedts , auec 
lefquels l'humanité, la patrie,leChtiftianif- 
me , melmes droi&Sjmefmesloix ,mefine 



7 > x 

Roy, mcfme maiftre nous vniifent il eftroi- 
&ement 3 que la considération des préten- 
tions eftrangeres,poui' lefquelies nous fouî- 
mes haïs,ne nous en feparera ia-mais* 

Cefie harangue efcrlpte k la main payant eftêtrw- 
uéepres /ç Louurejors que M . M. les depute\de l'af- 
femblêe y forent entrera.) efttmé que ceftoit celle 
qu'ils deusyent faire a fa Maje flèjnais ne Jçachant fi 
elle aura efté prononcée 3 ie vous la donne , Letleur s 
feubs le nom dePnfùpop'eejar c'ejl à peu près ce qu'ils 
sntpeu dire.